1982 Création et affiliation FFT
1986 Construction du 3ème court
1988 Ouverture de l’école de tennis
Eclairage d’un court
1990 1er tournoi de doubles
1991 Construction du club house
1993 1er tournoi messieurs et dames
1994 1er tournoi jeunes
1996 1er tournoi vétérans
1997 Equipe messieurs en régionale
1er Engagement d’un moniteur
1998 Rénovation des courts de tennis
Stéphane Méry, président du club, est élu trésorier du Comité de l’Aube de tennis.
1999 9ème tournoi de doubles avec participation du 25ème joueur français
2000 Montée en 2ème division régionale messieurs.
2003 Réfection de la terrasse du chalet
2004 1er jeune à intégrer le centre départemental
2005 Reproduction des premiers courts de tennis sur herbe et exposition sur l’histoire du tennis (1ère nationale)
2006 Eclairage des deux autres courts
Création de 3 courts sur herbe et tournoi (1ère nationale)
Les garçons 10 ans champions de l’Aube
Montée en 1ère division régionale des dames
2007 Création de 2 courts sur gazon et tournoi (1ère nationale)
Les garçons 11 ans champions de l’Aube en 2ème division
2008 Remontée en régionale des messieurs
Les garçons 8 ans, champions de l’Aube et de Champagne
3 jeunes intègrent le centre départemental
Construction d’un abri et installation d’un mobile home pour le matériel
Aurélie Abt secrétaire du club, élue présidente du Comité de l’Aube de tennis.
Article tiré du livre De la paume au tennis paru en juin 2009 sous la coordination de Patrick Clastres et Paul Dietschy
Stéphane Méry, Paris 5, Cerlis, Labsah.
Le tennis : d’un sablier à un rectangle, d’un jeu à un sport
Introduction
Deux enfants munis de raquettes en bois de leur fabrication et de vieilles balles dégonflées, jouent sur un trottoir. En guise de filet, une canne à pêche repose sur deux tréteaux. Les bosses et la surface en pente donnent de l’incertitude aux rebonds. D’autres compères les rejoignent et d’âpres discussions concernant la modification des règles aboutissent à un consensus.
Quelque soit le jeu pratiqué, ces moments sont des apprentissages à la vie sociale. Nos expériences infantiles renvoient à deux faits : la construction de la règle chez l’enfant vu notamment par Pierre Piaget à travers les jeux de billes et la transformation des terrains de tennis entre 1860 et 1883. Dans ce sport l’espace de jeu ne fut pas toujours le même. Ce n’est que progressivement après plusieurs modifications qu’il s’est normalisé. Il est passé d’un sablier à un rectangle, d’un jeu à un sport. Pour aborder ce sujet, nous utilisons la démarche dite historique avec une recherche aux sources grâce à la collaboration du Tenniseum à Roland Garros. Nous émettons alors des hypothèses qui expliquent l’évolution du jeu. Elles sont ensuite confirmées par une reconstitution historique d’anciens terrains de jeu qui seule donne la possibilité d’étudier comparativement les problèmes posés par la pratique de l’époque. Cela rejoint le courant d’histoire vivante qui permet par exemple de se réapproprier d’anciennes techniques ou activités physiques oubliées.
Un espace séparé en deux parties
Les sports de franchissement de filet ont pour point commun essentiel d’avoir leur terrain séparé en deux parties égales par le filet. Effectivement, mise à part la courte paume dont le côté du dedans et le côté du devers sont quelque peu asymétriques, les camps sont symétriques. Le terrain est figé et ne varie pas pendant la partie, il n’y a donc pas d’incertitude dans l’espace de jeu. La recherche de l’équité dans les chances de gagner est omniprésente dans la logique interne du jeu.
La trajectoire du projectile et le nombre de joueurs déterminent l’espace de jeu
La proportion entre le terrain de jeu délimité par les tracés et la zone de jeu, c'est-à-dire l’ensemble de l’espace nécessaire à la pratique, diffère d’un sport à l’autre.
Dans les sports de franchissement de filet, il existe une étroite dépendance entre différents paramètres que sont la trajectoire de l’objet médiateur (balle, volant, ballon), le nombre de joueurs, la hauteur du filet et l’espace de jeu. De ces paramètres vont dépendre les spécificités sociomotrices du jeu. La trajectoire de l’objet médiateur est déterminée par les caractéristiques de celui-ci (rebond, taille, poids) et par son mode de propulsion (raquette, paume de la main). Nous pouvons ainsi avoir des trajectoires tendues, en parachute ou en cloche. La trajectoire et la distance de projection associées au nombre de joueurs vont déterminer un espace de jeu optimum pour la pratique. Nous pourrions penser que c’est par l’espace de jeu qu’est déterminée la nature du projectile et son mode de propulsion, mais il n’en est rien. Pour preuve, à la longue paume, la balle et la raquette sont les mêmes qu’au tennis. Cependant, le nombre de joueurs y est supérieur (6 à 8 joueurs dans chaque camp). Dans ce cas, le terrain mesure entre 70 et 80 mètres. L’espace s’agrandit quand le nombre de joueurs augmente. Nous retrouvons ce même phénomène pour les jeux de double au tennis et au badminton. Une fois que le jeu est institutionnalisé, les dimensions de l’espace de jeu ne changent pratiquement plus. Les projectiles et les modes de propulsion sont réglementés pour ne pas permettre une modification excessive des trajectoires, comme nous le rappelle l’interdiction, dans les années 1970, de la raquette à double cordage au tennis qui permet une exagération du lift et double la hauteur du rebond. La possibilité de différentes trajectoires du projectile est toutefois la variable la plus importante qui détermine la taille adéquate de l’espace de jeu et de la zone libre pour une pratique équitable et ludique dans chacun des deux camps. La proportion entre l’espace de jeu et la zone libre dépend donc fortement des trajectoires de l’objet médiateur et alors de l’occupation de l’espace de jeu. Ainsi, au tennis et au tennis de table, là où les trajectoires sont majoritairement tendues et le rebond autorisé, l’espace libre est important. A contrario, au badminton et au volley, l’espace libre est réduit puisque les trajectoires sont majoritairement en cloche et le rebond non autorisé. Les rapports entre les éléments cités précédemment permettent l’émergence de principes à respecter qui vont s’ajuster pour rendre le jeu praticable. De cet ajustement et de l’accord entre les individus va naître la règle.
Un jeu qui s’institutionnalise entre 1860 et 1883
L’espace de jeu au tennis est le fruit d’une apparition multirégionale. Nous mettons fin par conséquent à deux idées préconçues. D’abord le Major Wingfield n’a pas inventé le « tennis » en 1874. Mais il le commercialise sous le nom de sphairistique. Pour preuve, il existe déjà des terrains de « tennis » avant 1874. Effectivement en 1858, Harry Gem joue sur un terrain rectangulaire en herbe avec une balle de gomme et en 1872, le Leamington Lawn-Tennis Club officialise le premier club. Enfin l’Angleterre n’a pas l’apanage des premiers terrains de « tennis ». Certes les premiers courts fixes, les premiers clubs de « tennis », les premiers tournois sont en Angleterre. Or, dès 1870, il existe des courts provisoires sur herbe ou sur terre en France et en Allemagne.
En 1860 la forme du terrain est encore mal définie, elle est rectangulaire ou ressemble à un sablier. Notre point de départ est le terrain de sphairistique du Major Wingfield, puisque c’est lui qui est diffusé en Angleterre. Celui-ci serait non pas l’ancêtre direct du jeu de courte paume comme l’a fait croire le Major, mais une synthèse du jeu de volant, du jeu de rackets et de la paume.
Nous avançons des arguments qui renforcent cette hypothèse. Les premières mallettes du Major sont composées de volants et de balles en caoutchouc. Les zones de service du terrain de sphairistique (au fond du court et le placement du joueur pour servir au milieu du court), les trajectoires possibles de la balle au vu de la hauteur du filet correspondent à celles du volant.
Comme au jeu de courte paume, le service s’effectue tout le temps du même côté et la taille des balles mesure environ huit centimètres de diamètre. Elles sont également de la même matière et couleur noire que les balles du jeu de rackets. Elles sont composées au début de gomme puis de caoutchouc plus rebondissant et réactif. Les raquettes sont un mélange de celles utilisées au jeu de rackets ou à celles du jeu de courte paume (sauf que pour ce dernier elles sont asymétriques).
Les trajectoires des balles au cours de l’échange sont les mêmes qu’au jeu de courte paume (sauf en jeu de bricole). Enfin sur les côtés des filets tendus sur des filins devaient rappeler semble-t-il les murs du jeu de courte paume.
Dans les années 1870, quand le tennis arrive en France, ce n’est bien entendu pas sous sa forme actuelle, ni comme le pratique les Anglais. Les formes de terrain ainsi que les règles sont multiples. Les jeux de raquettes sur herbe ou sur terre, similaires au lawn-tennis, ont du apparaître en France dans des propriétés privées. André Lichtenberger, l’un des pionniers[1] du tennis en France, présente ses pittoresques débuts. Il confirme que l’espace et les règles de jeu ne sont pas encore formelles dans les années 1870. Même en 1890 dans un opuscule[2], les règles restent floues : « Nombre de joueurs quelconque (mais pair) ; néanmoins il est bon qu’il ne soit pas trop considérable, afin que les joueurs ne soient pas gênés de leurs mouvements. Généralement, le lawn-tennis se joue entre quatre personnes, deux de chaque côté, on le joue aussi très souvent à deux…. Le terrain qu’on choisit doit être bien plan, horizontal autant que possible. Il doit avoir 20 mètres de long et 10 de large, ces dimensions ne sont cependant qu’approchées, et on peut leur faire subir toutes modification qu’on voudra, pourvu cependant qu’elles ne soient pas trop considérables. » Il explique toutefois que c’est un Anglais à Biarritz qui lui apprit les règles élémentaires du jeu, les proportions des courts et l’alternance des services. Antoine Gentien[3], comme André Lichtenberger, mais pour les années 1890, donne des indications sur l’état des terrains : « Les courts, remplis de trous, étaient d’une blancheur aveuglante et on se prenait les pieds dans les lignes de toiles cloutées à même le terrain. Les parties se disputaient dans les faux jours, de même que la qualité des balles ne comptait guère. »
La possibilité de reculer pour effectuer une frappe est réduite et le grillage se confond souvent avec les limites du terrain.
Des variations légères dans la taille du court sont donc possibles en fonction peut-être de la surface choisie (gazon, terre….), du cadre de jeu, du nombre de joueurs et certainement de leur adresse. Ces modifications successives d’un endroit à un autre se font surtout dans les jardins privés ou publics, jusqu’en 1890, dans les pays européens frontaliers de l’Angleterre et dans les colonies. Mais dans les clubs, déjà en 1880, le court a une forme rectangulaire et en 1883 l’on joue sur des courts pratiquement identiques à ceux d’aujourd’hui, même si la surface a des irrégularités. Les Anglais qui sont en villégiature dans les villes d’eau finissent alors par imposer les règles. Les variantes disparaissent ; les raquettes et les balles s’uniformisent.
Les phases d’évolution du tennis
1ère phase. Avant 1878, le terrain se confond encore avec celui du jeu de volant par la hauteur du filet, les carrés de service placés au fond du terrain et la position du serveur.
Le terrain en forme de sablier et les filets très hauts obligent les joueurs à passer la balle en lui impliquant une trajectoire en forme de cloche. L’attaque n’est donc pas possible et impose aux joueurs d’échanger monotonement des balles en fond de court. Le coup à plat en trajectoire tendue est pratiquement impossible. Donc tactiquement, il faut placer la balle, faire courir l’adversaire, le fatiguer et attendre une faute. L’attaque n’est pas possible.
Le jeu est donc en fond de court et la balle placée précisément de gauche à droite. Le jeu est long et monotone. Lawford jouera tout de même ainsi jusqu’en 1880.
Malgré le fait que le service doit être considéré uniquement comme une simple mise en jeu, il prend rapidement trop d’importance. Pour preuve en 1877, au tournoi de Wimbledon, sur 601 jeux 376 points sont gagnés par le serveur. La place du serveur au centre du terrain et la zone importante au fond du court, dans laquelle peut retomber le service, peuvent en être l’explication. Pourtant les deux pieds doivent rester au sol dans le losange.
Pour remédier aux problèmes du terrain de Wingfield, des solutions sont apportées. Le filet est légèrement rabaissé (2,15 m → 1,21m ou 1,52 m), les serveurs engagent de la ligne de fond de court, le losange qui indiquait la position du serveur disparaît et la balle est engagée des deux côtés. Les zones de service restent toutefois au fond du court. Sur ce terrain les femmes ont l’avantage d’être plus près du filet que les hommes pour le service.
2ème phase. Entre 1878 et 1883, des joueurs viennent à la volée pour y rattraper toutes les balles.
Le joueur W. Renshaw par exemple va se placer systématiquement au filet. Il s’oppose au style Lawford (fond de court, balles en cloche) et gagne le plus souvent. Les joueurs de fond de court ne peuvent pas passer sur les côtés car le filet y est encore un peu haut et le terrain en forme de sablier offre une largeur trop étroite. Le jeu commence à perdre de l’intérêt puisqu’il suffit d’être adroit et athlétique au filet pour gagner les matches. La chandelle est encore peu usitée et non appréciée. Pour enrayer cette suprématie des volleyeurs, le terrain va perdre petit à petit sa forme de sablier et le filet va être rabaissé. Or si le filet est rabaissé les serveurs vont être favorisés. Alors le carré de service est réduit et placé derrière le filet. Les joueurs ne peuvent servir qu’en ayant un pied sur la ligne de fond. Le terrain prend sa forme définitive de rectangle en 1877 au premier tournoi de Wimbledon. En 1882 un service n’est plus bon quand il touche le filet. Le joueur n’est plus autorisé à toucher le filet ni à prendre la balle avant qu’elle ne l’ait franchi.
3ème phase 1883. Pour contrarier les volleyeurs, les joueurs de fond lobent. Les volleyeurs vont donc se placer au centre pour contrer la chandelle et prennent le filet lorsque le joueur de fond est en difficulté. Pour faciliter la possibilité d’effectuer des passings, le filet est abaissé à 1,21 m sur les côtés puis à la taille actuelle de 1,07 m (0,91 m au centre). Dans le jeu en double, une ligne de côté est ajoutée pour diminuer la zone que doit atteindre le service.
Cette forme de rectangle apparaît déjà sur quelques terrains de badminton et déjà en 1874 sur des courts allemands et français bâtis provisoirement.
Pour valider nos hypothèses sur l’évolution des terrains de tennis, de 1874 à 1877 nous avons réalisé grandeur nature trois courts sur herbe : celui de Sphairistique du Major Wingfield en 1874, celui du Marylebone Club en 1875 et celui du premier tournoi de Wimbledon en 1877.
Une trentaine de joueurs allant de cinq à soixante-treize ans s’y exercent du 5 au 21 août 2005. Nous recueillons les avis de joueurs experts : moniteurs de tennis et compétiteurs en troisième et seconde séries. Pour être au plus près de la réalité, les femmes s’habillent de robe longue et les messieurs de pantalon et chemise. Nous gardons les chapeaux et casquettes ; les femmes sont en chaussures à talon mi-haut. Le matériel employé se rapproche aussi de celui de l’époque : les balles sont dépoilées et les raquettes en bois.
Avant les premiers échanges, l’énigme est de savoir si la pratique ne subit pas trop les aléas de la surface de jeu. Effectivement, la hauteur irrégulière de la pelouse, quelques creux et bosses peuvent donner à la balle de caoutchouc un rebond hasardeux. Y avait-il donc au XIXe siècle un paramètre d’incertitude liée à la surface de jeu ? Autre point d’interrogation, quelle qualité de frappe de balle avions-nous avec des raquettes en bois à petit tamis et des balles dégonflées en caoutchouc ?
Aux premières frappes, nous constatons que le rebond n’est pas très haut, environ vingt pour cent en moins que sur du béton. La vitesse du rebond sur l’herbe coupée à deux ou trois centimètres n’est pas plus rapide que sur de la terre battue. La balle est quelquefois déviée d’une vingtaine de degrés mais uniquement quand la frappe n’est pas forte. Dans le cas contraire, elle rebondit souvent d’une manière rectiligne. Alors, les quelques rebonds aléatoires provoquent des rires et rendent le jeu amusant. En trop grand nombre, ceux-ci pourraient être déplaisants car leur degré élevé d’incertitude rendrait difficile le placement du joueur par rapport à la balle. Il y aurait en effet beaucoup de mauvais rebonds si le terrain avait trop de mottes de terre, de cailloux ou de touffes d’herbe plus hautes à certains endroits. La trajectoire de la balle après avoir touché le sol doit être connue à l’avance pour anticiper le placement. Sur ces courts du XIXe siècle, le développement de tactiques et de techniques y est possible et reproductible d’un court à un autre à condition que la surface soit plane et l’herbe tondue à moins de trois centimètres.
Les terrains de l’époque devaient posséder la qualité de jeu que celle obtenue à Villenauxe la Grande. La précision et les sensations de toucher de balle avec ce matériel sont quasiment identiques aux raquettes actuelles quand la balle est faiblement frappée. Lorsqu’elles sont fortement frappées, le rendement de la raquette baisse. Les tamis trop petits n’offrent pas une grande surface de rebond et assez d’élasticité dans le cordage pour renvoyer la balle avec puissance. La raquette devient moins précise car le bois flexible subit une forte tension et se déforme. Les balles ne peuvent pas rebondir vivement puisqu’elles n’ont pas de pression interne.
Le matériel favorise un jeu en toucher et précis sans empêcher de réaliser des volées. Les passings puissants en long de ligne restent difficiles.
Au vu d’anciennes illustrations, les vêtements utilisés à l’époque devaient entraver les mouvements. C’est effectivement le cas pour les dames dont les talons s’enfoncent dans le sol et ne permettent pas un parfait équilibre. Leurs robes cintrées et le jupon munis d’arceaux ne permettent pas non plus de courir mais tout juste de se déplacer en marchant vite ou par petits sauts. Les chapeaux doivent être solidement fixés puisque quelques-uns se sont envolés lors de nos essais. Quant aux habits utilisés par les messieurs, nous n’avons pas éprouvé de grande difficultés à les porter pour jouer. Ils ne gênent pas pour les déplacements à condition que le pantalon soit large. Toutefois, certainement que les chaussures sans semelles adaptées au terrain devaient à long terme être cause d’une instabilité et de blessures.
Nous reprenons les hypothèses d’évolution du jeu à partir de l’étape numéro une, c’est à dire avec celle du terrain du Major Wingfield en 1874.
Hypothèse n° 1 de départ sur le terrain de Wingfield : le filet est trop haut et le terrain n’est pas assez large au centre donc il est délicat de passer le joueur qui monte à la volée.
L'hypothèse se vérifie. Nous remarquons qu’il est difficile de réaliser des passings. Il suffit que le joueur se place à trois mètres du filet pour rattraper toutes les balles. Comme le terrain n’est pas large, un joueur qui se déplace bien latéralement couvre la largeur du terrain. Les passings ne sont pas puissants car la balle doit être en cloche pour passer le filet (2,15 m sur les côtés et 1,65 m au centre). De plus, les balles des volleyeurs rebondissent peu sur l’herbe. Elles sont coupées ou à plat et sont donc incommodes à redresser.
Hypothèse n° 2 de départ sur le terrain de Wingfield : le terrain est trop court pour lober un volleyeur.
L'hypothèse se vérifie. Si le joueur est au centre du terrain, sur la ligne d’intersection au service, il est impossible de le lober. Effectivement, il suffit que le joueur recule un peu et saute pour reprendre la balle en smashant. Toutefois, un joueur au filet pourrait se faire surprendre par un lob lifté mais le lift n’existait pas encore à cette époque.
Hypothèse n° 3 de départ sur le terrain de Wingfield : le serveur qui se place au centre pour envoyer sa mise en jeu dans les carrés au fond du court est en situation de prédominance.
Cette hypothèse ne se vérifie pas avec un service par le bas comme c’était le cas à l’origine. La trajectoire en cloche ne pose pas de problème au relanceur.
L’hypothèse se vérifie si l’on sert par le haut comme ce fut le cas rapidement. Ce service est un peu plus difficile à renvoyer. Le joueur doit se placer loin derrière la ligne de fond. Dans ce cas, le serveur a le temps de monter à la volée ou de rester au centre du court. Le relanceur, trop loin en réceptionnant une balle forte, n’a pas la possibilité de lober ni de passer sur les côtés par manque de précision et de place.
En jouant, nous constatons que des modifications sont indispensables pour améliorer la jouabilité sur le court du Major Wingfield. Afin de passer les volleyeurs, le terrain doit être élargi, allongé et le filet rabaissé. Pour diminuer la prédominance de la mise en jeu, les carrés de service sont placés derrière le filet et le serveur se positionne au fond du court.
Nous poursuivons alors notre expérimentation sur le terrain du Marylebone Club de 1875.
Hypothèse n° 4 de départ sur le terrain du Marylebone Club : les volleyeurs gagnent trop facilement le point parce que le terrain n’est pas assez large en son milieu et le filet est trop haut.
Cette hypothèse se vérifie en partie. Si les volleyeurs marquent les points, c’est surtout pour une autre raison : sur herbe, les balles fusent. Les volées et les services mettent donc en difficulté l’adversaire.
Le joueur au fond du court n’a pas le temps de se placer correctement pour réaliser un geste précis. Pourtant, le passing et le lob sont plus faciles à réaliser puisque le terrain est un peu plus large et surtout plus long que celui du Major Wingfield.
Hypothèse n° 5 de départ sur le terrain du Marylebone Club : les passings restent périlleux puisque les filets sont encore trop hauts sur les côtés (1,52 m)
L’hypothèse se vérifie si le joueur placé sur le côté du terrain tente un passing. A cet endroit, l’angle est fermé parce que le filet est haut et le terrain pas assez large. Par observation, lors des matches, nous remarquons qu’une attaque croisée ne peut être contrée par un passing. De plus, comme la balle fuse sur l’herbe, elle est trop basse pour être frappée à plat. L’angle de vue de la photo ci-dessus et le croquis en rouge rendent bien compte de la difficulté d’exécuter un passing gagnant de cet endroit. A contrario, l’hypothèse ne se vérifie pas si le joueur tire son passing du centre de la largeur du terrain sur le volleyeur qui se situe au milieu du terrain (graphique en vert). Dans ce cas, le passing est réalisable car, là où le filet est au plus bas, l’angle est ouvert.
Le dernier terrain réalisé est celui de Wimbledon. En 1877, la forme est définitive. Au centre, le filet est comme maintenant mais il est un peu plus haut sur les côtés et les carrés de service sont plus longs. Il répond aux exigences de modification du court du Marylebone et ressemble, à s’y méprendre, à celui d’aujourd’hui. Pour preuve, quelques personnes non initiées nous demandent si c’est un ‘vrai court’ mais sur herbe.
Les quelques différences minimes avec le terrain actuel doivent avoir une importance capitale car elles suffisent à modifier les tactiques de jeu.
En 1877, le tennis commence à devenir un sport. Les clubs se multiplient, leurs dirigeants se rencontrent, des compétitions naissent. Les clubs anglais se réfèrent déjà à une norme de terrain : celui de Wimbledon. Nous pouvons donc penser que ce terrain ne changera plus puisqu’il est presque institutionnalisé. Ce n’est pas le cas donc nous portons particulièrement notre attention sur ce terrain. Nous interrogeons les joueurs experts évoluant sur ce court pour avoir leur avis sur ses avantages et ses inconvénients. C’est à partir d’un compromis entre ces deux aspects que le terrain contemporain est né.
Hypothèse n° 6 de départ sur le terrain de Wimbledon : les serveurs volleyeurs sont avantagés. C’est pour cela que les carrés de service sont réduits et le filet rabaissé sur les côtés.
Effectivement, un bon serveur a toutes ses chances de gagner sur ce type de terrain. Beaucoup de joueurs en seconde série servent à plat au centre du court et montent à la volée. Ces joueurs experts comprennent vite les atouts du terrain pour une pratique offensive. Il faut profiter de l’avantage accordé par la taille des carrés de service et la hauteur du filet en son milieu (99 cm) pour mettre une balle plein centre afin de ne pas donner trop d’angle au relanceur et volleyeur.
La hauteur du filet sur les côtés est encore assez élevée. C’est donc difficile de servir court croisé.
Hypothèse n° 7 de départ sur le terrain de Wimbledon : les passings sont difficiles puisque les filets sont encore hauts sur les côtés (1,52 m).
Comme pour le court du Marylebone, l’hypothèse se vérifie si le joueur tire son passing du côté. Les joueurs aiment jouer en double sur ce terrain. Seules les équipes qui attaquent gagnent. Comme en simple, rester au fond n’est pas une solution.
Nous constatons que la dimension du filet est l’élément essentiel dont dépendent les possibilités tactiques.
Sur le court raquette en main, nous remarquons que la hauteur du filet a considérablement baissé. Avec des filets de moins en moins hauts, le court s’ouvre. De là, des styles de jeux nouveaux peuvent naître.
Le passing reste cependant difficile même sur le terrain de Wimbledon. A la vue des terrains côte à côte et de l’exposition sur les origines du tennis, beaucoup de joueurs se sont posés la même question : l’évolution du tennis aurait-elle été la même si les débuts avaient été sur terre battue ?
Nous ne pouvons qu’étayer des suppositions en se basant sur l’évolution du jeu. Probablement serions-nous arrivés sensiblement à la même chose qu’aujourd’hui. Les étapes n’auraient cependant pas été similaires à cause des surfaces de jeu. Sur herbe, les balles rebondissent bas et rapidement. Sur terre, le rebond est plus haut et moins rapide. Mais si la terre est tassée, comme certains courts en France à la fin du XIXe siècle, le rebond est haut et rapide.
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[1] LICHTENBERGER André, Le tennis. Notes, méditations, souvenirs, France, Plon, 1914, p. 56.
[2] Règles des Jeux de Croquet et de Lawn-tennis, 1890.
[3] GENTIEN Antoine, Aventures d’un joueur de tennis, Paris, La Palatine, 1953.
Historique